Spermidine et longévité : des études majeures sur l’allongement de la durée de vie humaine

Leila WehrhahnMis à jour :

Points clés en un coup d’œil :

Chez la levure, le ver, la mouche et la souris, la spermidine a été associée à un allongement de la durée de vie et de la période de vie en bonne santé. Dans des cohortes observationnelles, un apport plus élevé a été corrélé à une mortalité plus faible. Les études randomisées chez l’être humain n’ont, à ce jour, pas démontré d’effet sur la longévité et montrent des résultats incohérents sur la fonction cognitive. On pense que la spermidine favorise l’autophagie via EP300 ainsi que eIF5A et TFEB. Les principales sources alimentaires comprennent le germe de blé, le soja, les légumineuses et les champignons. Dans l’UE, des apports allant jusqu’à 6 mg par jour sont autorisés. L’apport par l’alimentation est généralement privilégié.

La spermidine est devenue un sujet central de la recherche sur la longévité car, dans de nombreux modèles animaux, elle prolonge de manière fiable la durée de vie et améliore plusieurs marqueurs de santé. De grandes études de population montrent qu’un apport alimentaire plus élevé en spermidine est associé à une mortalité plus faible, en particulier d’origine cardiovasculaire. Cependant, les essais randomisés chez l’être humain n’ont pas encore démontré que les compléments de spermidine prolongent la vie ou améliorent de façon constante la mémoire.

Pour les adultes soucieux de leur santé, les données actuelles soutiennent une approche « l’alimentation d’abord », un mode de vie favorable à l’autophagie et, le cas échéant, une supplémentation modérée et conforme à la législation plutôt que des expérimentations autodirigées à fortes doses. L’objectif est de travailler avec les mécanismes naturels de nettoyage cellulaire de votre organisme, et non de courir après des pilules miracles.

Les principales sources de données incluent les travaux précliniques sur des organismes modèles, les données épidémiologiques issues de cohortes suivies à long terme et les récents essais contrôlés randomisés chez les personnes âgées.


Qu’est‑ce que la spermidine et pourquoi est‑elle liée à la longévité ?

Les polyamines, comme la spermidine, diminuent naturellement avec l’âge dans de nombreux tissus, y compris les cellules immunitaires. Or ce sont précisément ces cellules pour lesquelles l’autophagie – le système interne de « recyclage et de réparation » de l’organisme – semble particulièrement importante au cours du vieillissement. Depuis 2009, plusieurs études sur la levure, les vers, les mouches et les souris ont montré que la spermidine peut activer l’autophagie et prolonger à la fois la durée de vie et la durée de vie en bonne santé dans ces modèles.

Cela fait de la spermidine un candidat sérieux dans la recherche sur la longévité. Des études mécanistiques suggèrent qu’elle peut inhiber une enzyme appelée EP300 (un « interrupteur off » de l’autophagie) et soutenir la voie eIF5A/TFEB, qui favorise la formation de protéines liées à l’autophagie. Parallèlement, l’intérêt s’est accru pour les extraits de germe de blé riches en spermidine, qui sont autorisés en tant que nouvel aliment dans l’UE.

🔍 Pour résumer

La spermidine est un composé naturel présent dans nos cellules qui tend à diminuer avec l’âge. Dans les modèles expérimentaux, elle stimule l’autophagie – un processus clé de nettoyage cellulaire – et est associée à une vie plus longue et plus saine chez l’animal. C’est ce qui explique l’attention qu’elle suscite dans le domaine du vieillissement en bonne santé.

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  • 2009 : l’autophagie est identifiée comme essentielle aux effets de la spermidine sur la durée de vie chez la levure, les vers et les mouches.
  • 2013 : les modifications de la mémoire liées à l’âge chez la mouche sont modulées par les polyamines.
  • 2016 : chez la souris, données montrant une durée de vie plus longue et des bénéfices cardiaques ; les effets nécessitent une autophagie intacte.
  • 2018 : l’étude de Bruneck associe un apport alimentaire plus élevé en spermidine à une mortalité plus faible chez l’être humain.
  • 2019–2020 : travaux mécanistiques sur les cellules immunitaires humaines (axe eIF5A/TFEB, fonction des lymphocytes T).
  • 2022 : l’essai randomisé SmartAge (~0,9 mg/jour) ne met pas en évidence de bénéfice principal sur la mémoire chez les personnes âgées.
  • 2023–2024 : études de pharmacocinétique et de sécurité montrant une régulation stricte des polyamines.
  • 2024 : une analyse de la Biobanque britannique suggère des relations non linéaires et d’éventuelles « fourchettes optimales » d’apport.

Notions de base sur la spermidine : ce que c’est, où on la trouve et comment elle agit

Qu’est‑ce que la spermidine ?

La spermidine fait partie d’une petite famille de molécules appelées polyamines (putrescine, spermidine, spermine). Elles portent des charges positives et contribuent à stabiliser l’ADN et l’ARN, influencent la synthèse des protéines et soutiennent la croissance et la réparation cellulaires. Chez de nombreuses espèces, les niveaux de polyamines diminuent avec l’âge, et une baisse a également été observée dans les cellules immunitaires humaines.

La spermidine peut également être apportée par l’alimentation et par des compléments alimentaires légalement autorisés, tels que les extraits de germe de blé riches en spermidine.

🔍 Pour résumer

Les polyamines peuvent être considérées comme des « agents d’entretien » cellulaires. La spermidine est l’une des plus étudiées. Sa diminution liée à l’âge suscite un intérêt pour l’utilisation de l’alimentation et, avec prudence, des compléments afin de soutenir le nettoyage cellulaire et la résilience.

La spermidine dans l’alimentation : meilleures sources et conseils de préparation

Pour les lecteurs visant un vieillissement en bonne santé, la spermidine alimentaire représente le point de départ le plus en phase avec les données disponibles. Les niveaux naturels les plus élevés se trouvent généralement dans :

  • Le germe de blé (par exemple ajouté au porridge ou au yaourt)
  • Le soja et les produits de soja fermentés (par exemple natto, tempeh, tofu)
  • Les champignons (shiitakés, champignons de Paris et autres variétés)
  • Les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots)
  • Les produits céréaliers complets (pain complet, pâtes complètes, riz brun)
  • Les fromages affinés (avec modération, en raison du sel et des graisses)

Idées de courses pour un « panier riche en spermidine » :

  • Germe de blé à saupoudrer sur le petit‑déjeuner
  • Tempeh ou tofu pour les sautés et les salades
  • Pois chiches ou lentilles pour les soupes, currys et dals
  • Plats ou accompagnements à base de champignons
  • Pain ou pâtes complets comme choix standard
  • Une petite portion occasionnelle de fromage affiné à pâte dure

Cuisson et préparation : les polyamines sont hydrosolubles. Une longue ébullition ou un grillage prolongé peuvent réduire significativement leurs niveaux (jusqu’à environ 60 % dans certains tests). Des méthodes plus douces permettent d’en préserver une plus grande partie :

  • Privilégier la cuisson à la vapeur, un bref passage au micro‑ondes ou la cuisson sous‑vide
  • Éviter les cuissons à l’eau inutilement longues, en particulier pour les légumes et les légumineuses

Comment la spermidine agit‑elle dans l’organisme ?

En termes simples, la spermidine semble soutenir le recyclage et la réparation cellulaires, notamment via l’autophagie. Deux mécanismes principaux ont été décrits dans les modèles de recherche :

  • Inhibition d’EP300 : la spermidine peut inhiber EP300, une protéine qui freine normalement l’autophagie. Son inhibition conduit à une augmentation de l’activité autophagique.
  • Voie eIF5A/TFEB : la spermidine soutient l’hypusination d’eIF5A, ce qui contribue ensuite à produire davantage de TFEB, un régulateur majeur de l’autophagie et de la formation des lysosomes.

Ces deux voies semblent renforcer la mitophagie, le recyclage sélectif des mitochondries endommagées, un processus particulièrement important pour le muscle cardiaque et la santé métabolique dans les études animales.

🔍 Pour résumer

Sur le plan mécanistique, la spermidine agit sur au moins deux interrupteurs clés de l’autophagie (EP300 et eIF5A/TFEB). Dans les modèles expérimentaux, cela améliore le nettoyage cellulaire et le contrôle qualité des mitochondries, ce qui est considéré comme important pour la santé cardiaque et immunitaire avec l’âge.


Les études majeures sur la spermidine : ce qu’elles ont réellement montré

2009 – L’autophagie est essentielle à l’extension de la durée de vie (levure, vers, mouches)

Le premier article majeur, signé Morselli et collaborateurs, a montré que la spermidine (ainsi que le resvératrol) prolongeait la durée de vie de plusieurs organismes modèles, mais uniquement lorsque leur machinerie autophagique restait intacte. Lorsque les gènes de l’autophagie étaient inactivés, le bénéfice sur la durée de vie disparaissait. Cela a établi un lien solide entre les effets de la spermidine et les processus de recyclage cellulaire.

2013 – Déclin de la mémoire lié à l’âge chez la mouche

Une étude menée sur la mouche du vinaigre (Drosophila) a montré que le déclin de la mémoire lié à l’âge était influencé par les polyamines, y compris la spermidine. Là encore, les effets bénéfiques dépendaient d’une autophagie fonctionnelle. Même si la mouche est éloignée de l’être humain, ces résultats ont contribué à relier les polyamines au vieillissement cérébral.

2016 – Les souris vivent plus longtemps avec une meilleure fonction cardiaque (dépendante de l’autophagie)

Dans une étude clé chez la souris, la spermidine a été administrée via l’eau de boisson à des concentrations de 0,3 à 3 mM. Les résultats incluaient :

  • Une durée de vie prolongée d’environ 10 % lorsque l’administration commençait tardivement dans la vie
  • Une amélioration de la fonction diastolique du cœur
  • Une baisse de la tension artérielle dans un modèle d’insuffisance cardiaque

Lorsque l’autophagie était sélectivement perturbée dans les cellules cardiaques (cardiomyocytes), ces bénéfices disparaissaient, confirmant une nouvelle fois que l’autophagie est nécessaire aux effets protecteurs. Le même article présentait des données observationnelles suggérant des effets favorables sur la santé cardiovasculaire chez l’être humain.

🔍 Pour résumer

Chez la souris, les preuves sont solides : la spermidine soutient la santé cardiaque et prolonge modestement la durée de vie – mais seulement lorsque l’autophagie fonctionne correctement.

2011 & 2014 – Effets médiés par le microbiote chez la souris

Deux études chez la souris ont utilisé une souche probiotique (Bifidobacterium animalis lactis LKM512) combinée à l’arginine. Cette combinaison a augmenté les niveaux de polyamines intestinales, réduit certains marqueurs inflammatoires et a été associée à une durée de vie plus longue et au maintien de certains paramètres liés à la mémoire.

Le message clé est que l’alimentation et le microbiote intestinal peuvent influencer les niveaux de polyamines dans les modèles animaux. Ces protocoles précis n’ont pas été testés chez l’être humain et restent expérimentaux.

2018 – Étude de Bruneck : spermidine alimentaire et risque de mortalité chez l’être humain

L’étude de Bruneck a suivi des participants pendant environ 20 ans. Ceux dont l’apport alimentaire en spermidine était plus élevé présentaient une mortalité toutes causes confondues plus faible, et ces résultats ont été reproduits dans une seconde cohorte (SAPHIR). Ce type d’étude épidémiologique ne peut pas prouver une relation de cause à effet, mais il apporte un soutien important, au niveau humain, à une alimentation riche en spermidine, en particulier en lien avec la santé cardiovasculaire et la longévité.

2019–2020 – Mécanismes dans les cellules immunitaires humaines

Les travaux mécanistiques sur les cellules immunitaires humaines ont fait le lien entre les modèles animaux et l’être humain :

  • Dans les lymphocytes B humains, les chercheurs ont montré que la spermidine active la voie eIF5A/TFEB, renforçant l’autophagie.
  • Dans les lymphocytes T de personnes âgées, la spermidine a contribué à préserver l’autophagie et la fonction des cellules T dans des expériences ex vivo, ce qui pourrait être pertinent pour le vieillissement immunitaire et la réponse vaccinale.

2018 (essai pilote) et 2022 (essai SmartAge) – résultats mitigés sur la cognition

Deux essais cliniques majeurs ont testé un extrait de germe de blé riche en spermidine chez des personnes âgées souffrant de troubles cognitifs subjectifs (SCD) :

  • Essai pilote (2018, 3 mois) : a mis en évidence un signal d’amélioration de la discrimination mnésique dans un petit groupe (n = 30).
  • Essai SmartAge (2022, 12 mois) : a utilisé ~0,9 mg/jour (environ 10 % de plus que l’apport de base) et n’a montré aucun effet significatif sur le critère principal de mémoire. La tolérance était excellente. Les auteurs ont suggéré que des doses plus élevées ou d’autres formulations mériteraient d’être étudiées.

2023–2024 – Pharmacocinétique et sécurité : une régulation stricte

Des études à court terme chez l’adulte en bonne santé ont fourni des informations utiles sur les doses et la sécurité :

  • 15 mg/jour : augmentation de la spermine plasmatique, mais pas de la spermidine, ce qui suggère que l’organisme régule étroitement les niveaux de polyamines.
  • 40 mg/jour de spermidine hautement purifiée pendant 28 jours : bonne tolérance chez des hommes âgés, sans modifications majeures des paramètres sanguins standard.

Ces résultats indiquent une homéostasie stricte des polyamines et soulignent la nécessité d’études de détermination de dose soigneusement conçues, plutôt que de supposer que « plus, c’est mieux ».

2024 – Biobanque britannique : existe‑t‑il une « zone optimale » d’apport ?

Une analyse des données de la Biobanque britannique a examiné l’apport en polyamines (y compris la spermidine) en lien avec la mortalité et le risque cardiovasculaire. Les associations étaient non linéaires, ce que les auteurs ont interprété comme compatible avec une fourchette d’apport optimale plutôt qu’un schéma simple de type « plus c’est élevé, mieux c’est ».

Cela soutient une approche équilibrée, centrée sur l’alimentation, pour la spermidine dans une optique de santé à long terme.


Quel est le niveau de preuve concernant la spermidine et la longévité ?

En rassemblant l’ensemble des données :

  • Données animales et cellulaires : robustes et cohérentes. La spermidine renforce l’autophagie, soutient la fonction cardiaque, améliore certains marqueurs métaboliques et prolonge modestement la durée de vie dans les organismes modèles.
  • Données observationnelles humaines : de grandes cohortes (par exemple Bruneck, Biobanque britannique) montrent qu’un apport alimentaire plus élevé en spermidine est associé à une mortalité plus faible et à de meilleurs résultats cardiovasculaires. Il s’agit d’associations fortes, mais qui ne prouvent pas la causalité.
  • Essais randomisés : encore limités et principalement centrés sur la cognition. Un petit essai pilote a montré un signal positif ; un essai plus vaste de 12 mois à ~0,9 mg/jour n’a montré aucun bénéfice cognitif principal, tout en confirmant une bonne sécurité. La dose, la durée, la formulation et la population cible restent des questions ouvertes.
  • Conflits d’intérêts : certains chercheurs sont liés à des entreprises développant des extraits contenant de la spermidine. Ces liens sont généralement déclarés, ce qui facilite une interprétation transparente et souligne la nécessité de réplications indépendantes.
🔍 Pour résumer

Les preuves précliniques en faveur de la spermidine et de la longévité sont convaincantes, et les études observationnelles humaines sont encourageantes. Cependant, les essais randomisés chez l’être humain restent peu nombreux, menés à faibles doses et donnent des résultats inconstants. À ce jour, rien ne prouve que les compléments de spermidine prolongent la durée de vie humaine.


Recommandations pratiques pour les lecteurs de l’UE

1) Miser d’abord sur l’alimentation : un schéma hebdomadaire riche en spermidine

Pour la plupart des adultes, la stratégie la plus sûre et la plus durable consiste à obtenir la spermidine via une alimentation variée et riche en végétaux, qui soutient également la santé cardiovasculaire et métabolique.

  • Germe de blé au quotidien : 1 à 2 cuillères à soupe à saupoudrer sur le yaourt, le porridge ou les smoothies, ou à ajouter dans des pains faits maison.
  • Légumineuses et soja : intégrer lentilles, pois chiches, haricots et tofu/tempeh plusieurs fois par semaine ; alterner avec des options fermentées lorsque c’est possible.
  • Champignons et pois : les utiliser régulièrement comme accompagnements ou ingrédients principaux dans les poêlées, ragoûts et plats de pâtes.
  • Céréales complètes : choisir par défaut le pain complet, les flocons d’avoine, le riz brun et les pâtes complètes.
  • Fromages affinés : en consommer de petites portions occasionnelles, en tenant compte du sel et des graisses saturées.
  • Méthodes de cuisson : privilégier la cuisson à la vapeur, un passage léger au micro‑ondes ou une cuisson douce à la poêle plutôt qu’une ébullition prolongée ou un grill à haute température, afin de préserver les polyamines.

Microbiote intestinal et spermidine :

Chez la souris, certaines souches probiotiques (telles que LKM512) combinées à l’arginine ont augmenté les polyamines intestinales et ont été associées à de meilleurs paramètres liés au vieillissement. Chez l’être humain, cela n’a pas été confirmé. Pour l’instant, une approche pratique et informée par les données consiste à :

  • Adopter une alimentation riche en fibres (légumes, fruits, céréales complètes, légumineuses)
  • Inclure des aliments fermentés (par exemple yaourt avec ferments vivants, kéfir, choucroute, kimchi) si vous les tolérez

2) Compléments de spermidine dans l’UE : ce qui est autorisé et raisonnable

Dans l’UE, l’extrait de germe de blé riche en spermidine est autorisé en tant que nouvel ingrédient alimentaire pour les adultes, avec des exclusions et des limites spécifiques :

  • Autorisé dans les compléments alimentaires pour adultes (hors grossesse et allaitement).
  • Quantité maximale autorisée : 6 mg/jour équivalent spermidine.
  • Les produits doivent être conformes à la réglementation européenne sur les nouveaux aliments et à la législation sur l’étiquetage.

Si vous choisissez d’utiliser un complément de spermidine :

  • Vérifiez que le produit indique clairement sa teneur en spermidine par dose journalière.
  • Assurez‑vous qu’il reste dans les limites autorisées par l’UE.
  • Considérez‑le comme un complément à une alimentation et un mode de vie sains, et non comme un substitut.

Dose et attentes :

  • L’essai SmartAge de 12 mois a utilisé ~0,9 mg/jour et n’a pas montré de bénéfice cognitif principal, tout en confirmant une excellente sécurité.
  • Les études de pharmacocinétique indiquent que l’organisme maintient un contrôle strict des niveaux de polyamines (par exemple en augmentant la spermine plutôt que la spermidine).
  • Des doses élevées (par exemple 40 mg/jour) ont été testées à court terme dans des contextes contrôlés et semblent bien tolérées, mais les effets à long terme sont inconnus et ces doses dépassent les autorisations actuelles dans l’UE.

Dans l’ensemble, l’approche médicalement responsable consiste à rester dans les doses autorisées, viser la régularité plutôt que les extrêmes et garder des attentes réalistes.

3) Habitudes de vie qui complètent la biologie de la spermidine

Plusieurs habitudes de vie sont connues pour soutenir l’autophagie et un vieillissement en bonne santé, indépendamment de tout complément :

  • Activité physique régulière : associer exercice aérobie (par exemple marche rapide, vélo) et renforcement musculaire (par exemple musculation, exercices au poids du corps).
  • Sommeil suffisant : viser environ 7 à 9 heures par nuit, avec une bonne hygiène de sommeil.
  • Alimentation à horaires restreints : par exemple une fenêtre de jeûne nocturne régulière (12–14 heures), si cela vous convient et avec l’avis d’un professionnel de santé si nécessaire.
  • Alimentation de type méditerranéen : riche en légumes, fruits, céréales complètes, légumineuses, fruits à coque, huile d’olive et poisson, avec une consommation limitée d’aliments ultra‑transformés.

Ces interventions disposent de preuves humaines beaucoup plus solides en matière de santé à long terme et peuvent agir en synergie avec la biologie des polyamines et de l’autophagie.

4) Qui doit être prudent ou demander un avis médical ?

Si la spermidine alimentaire est généralement sûre dans le cadre d’une alimentation normale, certains groupes doivent être particulièrement prudents avec les compléments concentrés :

  • Femmes enceintes ou allaitantes : exclues de l’autorisation européenne pour l’extrait de germe de blé riche en spermidine. Les compléments doivent être évités, sauf indication explicite d’un professionnel de santé.
  • Personnes présentant un cancer actuel ou passé, ou des états précancéreux : les polyamines interviennent dans la croissance et la prolifération cellulaires, et les données en oncologie sont complexes et contrastées. Toute personne ayant des antécédents de cancer devrait discuter de l’usage de compléments avec son oncologue avant toute prise.
  • Personnes polymédiquées ou atteintes de maladies chroniques (par exemple pathologie cardiaque, hépatique ou rénale sévère) : il est préférable de consulter votre médecin traitant ou spécialiste avant d’ajouter de nouveaux compléments.

5) Auto‑suivi et biomarqueurs (avec soutien médical)

Pour ceux qui souhaitent suivre l’impact de changements de mode de vie (y compris une alimentation riche en spermidine), des paramètres raisonnables à discuter avec un professionnel de santé incluent :

  • La tension artérielle et la fréquence cardiaque au repos
  • La condition physique (par exemple vitesse de marche, temps pour monter les escaliers, force de préhension)
  • De simples tests cognitifs (par exemple tests de rappel, listes de mots) pour suivre ses performances dans le temps
  • Les marqueurs inflammatoires tels que la CRP ultrasensible (hs‑CRP), s’ils sont prescrits par votre médecin

À l’heure actuelle, il n’existe aucun test grand public validé pour évaluer un « statut en spermidine ». Les études montrent qu’une prise orale de spermidine peut augmenter la spermine plasmatique plutôt que la spermidine elle‑même, et ces variations ne sont pas encore directement exploitables en pratique clinique. Tout résultat biologique doit être interprété avec prudence et avec l’aide d’un professionnel de santé.


Quelles sont les prochaines étapes de la recherche ?

Les futurs travaux sur la spermidine devraient se concentrer sur :

  • L’optimisation des doses et des formulations : tester un éventail de doses et de degrés de pureté, plutôt que de supposer que de très faibles doses suffisent.
  • Des essais à plus long terme : afin d’étudier des critères « durs » tels que les événements cardiovasculaires, la fragilité, le déclin fonctionnel et la mortalité, et pas seulement des tests cognitifs à court terme.
  • Des populations ciblées : par exemple des personnes âgées présentant des signes de vieillissement immunitaire ou un risque cardiovasculaire élevé.
  • Les réponses vaccinales et la santé immunitaire : sur la base de données ex vivo prometteuses concernant les lymphocytes T et la voie autophagique eIF5A/TFEB.

Ces études aideront à préciser si la spermidine doit être considérée principalement comme un outil général de longévité, un soutien cardiovasculaire, un modulateur immunitaire, ou surtout comme un marqueur d’un mode alimentaire sain.


Points clés à retenir pour les adultes soucieux de leur santé

  • Chez l’animal, la spermidine prolonge de façon fiable la durée de vie et améliore la santé cardiaque et métabolique, principalement en renforçant l’autophagie.
  • Chez l’être humain, un apport alimentaire plus élevé en spermidine est associé à une mortalité plus faible et à de meilleurs résultats cardiovasculaires dans les études observationnelles, mais les compléments n’ont pas encore montré qu’ils prolongent la vie ou améliorent de façon fiable la cognition.
  • La stratégie la plus pratique consiste actuellement à :
    • Mettre l’accent sur les aliments riches en spermidine dans le cadre d’une alimentation de type méditerranéen.
    • Associer cela à l’exercice, un bon sommeil et une alimentation à horaires restreints lorsque cela est approprié.
    • Utiliser d’éventuels compléments de spermidine, le cas échéant, dans les limites autorisées par l’UE et avec des attentes mesurées.
    • Demander un avis médical personnalisé en cas de pathologie existante, de prise régulière de médicaments ou de projet de supplémentation au long cours.

Tableau récapitulatif : ce que rapportent les études majeures sur la spermidine

Modèle/population Conception & dose Résultat Limites Source
Levure/vers/mouche Pharmacologie ; dépendant de l’autophagie Extension de la durée de vie uniquement avec une autophagie intacte Organismes modèles Aging 2009
Mouche Reconstitution en polyamines Modulation des changements de mémoire liés à l’âge (dépendant de l’autophagie) Transposabilité Nat Neurosci 2013
Souris 0,3–3 mM dans l’eau de boisson ~10 % de durée de vie en plus (début tardif), bénéfices cardiaques ; autophagie requise Données animales Nat Med 2016
Humains (cohorte) Suivi de 20 ans Apport plus élevé associé à une mortalité plus faible Observationnel AJCN 2018
Lymphocytes B/T ex vivo Mécanistique Axe eIF5A/TFEB ; voies de l’autophagie et de la fonction immunitaire Ex vivo Mol Cell 2019; eLife 2020
Personnes âgées avec SCD ~0,9 mg/jour ; 12 mois Aucun bénéfice sur le critère principal ; bonne sécurité Question de la dose JAMA Netw Open 2022
Adultes en bonne santé 15–40 mg/jour ; 5–28 jours Bonne tolérance ; homéostasie stricte Court terme, biomarqueurs stables Nutrients 2023; Nutrition Research 2024

Mentions légales

Cet article ne fournit pas de conseils médicaux et ne remplace pas une consultation auprès d’un professionnel de santé. Les compléments alimentaires ne se substituent pas à une alimentation équilibrée. Les personnes souffrant de problèmes de santé, ainsi que les femmes enceintes et allaitantes, doivent demander un avis médical avant d’utiliser des compléments. Veuillez respecter les règles d’étiquetage et les teneurs maximales applicables dans votre pays.

Articles connexes

Foire aux questions

La spermidine prolonge-t-elle démontrablement la durée de vie humaine ?

Non. Il existe de solides données issues de modèles expérimentaux et des mécanismes plausibles, ainsi que des associations de cohorte avec une mortalité plus faible, mais aucune preuve randomisée de prolongation de la vie chez l’être humain. Des études plus larges et de plus longue durée sont nécessaires.

Aliments ou compléments – quelle est l’option la plus judicieuse ?

Les aliments d’abord. Une alimentation de type méditerranéen, riche en spermidine, est une approche sensée. Les compléments peuvent être envisagés, mais les produits doivent être conformes à la réglementation européenne et respecter les niveaux maximaux (max. 6 mg/jour à partir d’extrait de germe de blé).

Plus, est-ce automatiquement mieux ?

Peu probable. Les études montrent une homéostasie stricte des polyamines (par exemple, une augmentation de la spermine au lieu de la spermidine) et, dans certains cas, des associations non linéaires dans les cohortes. Les mégadoses ne sont pas recommandées.

Existe-t-il des préoccupations liées au cancer ?

Les polyamines soutiennent la prolifération cellulaire. Les données sont mitigées. En cas de cancer actif ou de cancer traité récemment, veuillez consulter un médecin.

Quel mode de cuisson préserve le mieux les polyamines ?

Une cuisson courte au micro-ondes ou sous vide préserve mieux les polyamines ; l’ébullition et le grillage peuvent en réduire significativement la teneur.

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Références

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