Le CBD et la mémoire : impacts sur le cerveau et les fonctions cognitives

Stefanie StinglMis à jour :

Les choses les plus importantes en bref

Le CBD agit sur le cerveau via le système endocannabinoïde, sans provoquer d’euphorie ni de dépendance comme le THC. Il peut moduler la sérotonine, le GABA et le glutamate, ce qui expliquerait ses effets potentiels sur l’anxiété, le stress et le sommeil. Des études préliminaires suggèrent un intérêt pour certaines douleurs, l’inflammation et les troubles neurologiques, mais les preuves restent limitées. Le CBD peut interagir avec des médicaments et provoquer des effets secondaires (somnolence, troubles digestifs). Une utilisation responsable, des dosages adaptés et un avis médical sont recommandés.

Il y a beaucoup de discussions sur les avantages et les inconvénients du CBD. Certains affirment qu'il a des propriétés intéressantes, tandis que d'autres expriment des inquiétudes quant à sa sécurité. Une question fréquemment posée est de savoir si le CBD est nocif pour le cerveau ou non. Cet article examine les impacts du CBD sur la mémoire et donne un aperçu de la façon dont ce cannabinoïde pourrait influencer les fonctions cognitives, à la lumière des recherches disponibles.

Quelle est la nocivité du cannabis pour le cerveau ?

La nocivité du cannabis pour le cerveau fait depuis longtemps l'objet de débats. Il existe différentes études qui donnent des résultats parfois divergents. Certains travaux suggèrent que le cannabis pourrait avoir des effets indésirables sur le cerveau, tandis que d'autres nuancent ces résultats en soulignant l’importance de la dose, de la durée de consommation, de l’âge de début et de la composition exacte du cannabis (notamment le ratio THC/CBD) (1).

L'ingrédient psychoactif principal du cannabis est le tétrahydrocannabinol (THC). Lorsque le THC pénètre dans le corps, il se rend dans le cerveau et influence son fonctionnement. L'Institut national américain sur l'abus des drogues (NIDA) souligne que le THC se lie à certains récepteurs dans le cerveau, appelés récepteurs cannabinoïdes (CB1 et CB2). Ces récepteurs se trouvent dans des zones du cerveau qui contrôlent le plaisir, la mémoire, la pensée, la concentration, la perception sensorielle et temporelle, ainsi que le mouvement (1).

Lorsque le THC se lie à ces récepteurs, il peut altérer temporairement le fonctionnement du cerveau. C'est pourquoi le cannabis peut produire divers effets psychoactifs, tels que des changements d'humeur et de perception, des problèmes de coordination et des difficultés de réflexion et de résolution de problèmes. Certaines études chez les gros consommateurs à long terme explorent également d’éventuelles modifications de la structure cérébrale, mais les résultats restent discutés et d’autres facteurs (comme l’alcool ou le tabac) peuvent interférer (1,5).

📋 Pour résumer

Les effets du cannabis sur le cerveau sont surtout liés au THC, qui interagit avec les récepteurs cannabinoïdes impliqués dans la mémoire, l’humeur et la coordination.

L'impact du CBD sur la mémoire

À l’inverse du THC, le CBD n’est pas considéré comme psychoactif au sens classique (il ne provoque pas d’ivresse) et il fait l’objet d’un nombre croissant de recherches pour son interaction avec le cerveau. Une étude publiée dans le journal Neuropsychopharmacology a révélé que le CBD pouvait réduire les altérations de la mémoire causées par le THC chez l’animal. Dans cette étude, des rats ont reçu soit du THC, soit du CBD, puis leur mémoire a été testée. Les rats qui ont reçu du CBD n'ont pas montré les mêmes altérations de mémoire que ceux qui ont reçu du THC, ce qui a amené les auteurs à s’intéresser au potentiel rôle modulateur du CBD sur certains effets cognitifs du THC (2).

Des travaux chez l’humain se penchent également sur la relation entre CBD, mémoire et fonctions cognitives. Certaines études d’imagerie cérébrale suggèrent que le CBD pourrait influencer l’activité de régions impliquées dans le traitement de la mémoire, comme l’hippocampe et le cortex parahippocampique, mais sans conclure à une « amélioration » systématique des performances de mémoire chez les personnes en bonne santé (5,8). La recherche est donc encore en cours et les résultats doivent être interprétés avec prudence.

📋 Pour résumer

Des études précliniques et d’imagerie suggèrent que le CBD pourrait moduler certains effets du THC sur la mémoire et agir sur des zones cérébrales impliquées dans les fonctions mnésiques.

Comment le CBD affecte-t-il le cerveau ?

Bien que le CBD et le THC interagissent tous deux avec le système endocannabinoïde, ils ont des profils d’action très différents. Le THC se lie directement aux récepteurs CB1 présents en grande quantité dans le cerveau, alors que le CBD présente une affinité beaucoup plus faible pour ces récepteurs et agit plutôt comme un modulateur indirect (5). On a observé que le CBD pouvait atténuer certains effets du THC, ce qui pourrait expliquer pourquoi il peut diminuer l’intensité de certains effets psychoactifs lorsqu’ils sont consommés ensemble dans certaines conditions expérimentales (5).

Le CBD interagit également avec d'autres récepteurs, notamment les récepteurs de la sérotonine (comme 5-HT1A) et divers canaux ioniques et transporteurs. Ces récepteurs influencent diverses fonctions du corps et du cerveau. Par exemple, ils affectent la perception, l'humeur, l'appétit et la sensation de douleur d'une personne, mais ils sont également impliqués dans nos réponses au stress (5,7). C’est cette multiplicité de cibles qui explique pourquoi le CBD suscite un fort intérêt scientifique, sans pour autant permettre de tirer des conclusions définitives sur ses effets chez tous les individus.

📋 Pour résumer

Le CBD agit surtout comme modulateur : il interagit faiblement avec les récepteurs cannabinoïdes, mais aussi avec la sérotonine et d’autres systèmes impliqués dans l’humeur, le stress et la perception.

D'après une nouvelle étude, le CBD augmente le flux sanguin vers le cerveau

Une étude sur les effets du cannabidiol aigu sur le flux sanguin cérébral a été publiée dans le journal scientifique Journal of Psychopharmacology. Les chercheurs de l’University College London ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique (IRM) avec une méthode appelée arterial spin labelling pour mesurer le flux sanguin dans différentes régions du cerveau après administration de CBD (3,5).

Les chercheurs ont voulu étudier comment le CBD affecte le flux sanguin dans différentes régions du cerveau et ont découvert qu'il modifiait l’activité et la perfusion de certaines zones. En particulier, l’étude rapporte une augmentation du flux sanguin au niveau de l’hippocampe, une région clé pour la mémoire et les émotions (3,5). Les auteurs soulignent que ce résultat pourrait contribuer à mieux comprendre comment le CBD interagit avec les réseaux cérébraux de la mémoire, sans pour autant démontrer un effet clinique direct sur les performances mnésiques dans cette étude précise.

Pour l'essai contrôlé randomisé, 15 adultes en bonne santé qui n'avaient jamais consommé de cannabis ont été sélectionnés. Chaque participant a reçu 600 mg de CBD (cannabidiol) par voie orale ou un placebo lors d'occasions séparées d'au moins une semaine d'intervalle. Les doses étaient administrées dans des capsules identiques, de sorte que les participants ne savaient pas laquelle ils prenaient à chaque occasion (3).

Le résultat :

Le CBD semble augmenter le flux sanguin vers l'hippocampe chez les personnes en bonne santé, dans les conditions de cette étude. L'hippocampe est une zone critique du cerveau pour les émotions et la mémoire. Cela a été déterminé dans cette nouvelle étude menée par des chercheurs de l'UCL. Selon les chercheurs, cela pourrait être significatif pour les affections qui altèrent la mémoire, comme la maladie d'Alzheimer ou le syndrome de stress post-traumatique, en offrant de nouvelles pistes de recherche pour mieux comprendre ces troubles et développer de futures stratégies thérapeutiques potentielles (3,5). Il ne s’agit toutefois que d’un premier pas, et d’autres études sont nécessaires pour confirmer et approfondir ces observations.

Images IRM de deux cerveaux
📋 Pour résumer

Une étude en IRM suggère qu’une dose unique de 600 mg de CBD peut augmenter le flux sanguin de l’hippocampe, une région clé de la mémoire, sans démontrer à elle seule un effet clinique direct sur les performances.

Le CBD et la dopamine

La dopamine est un neurotransmetteur essentiel impliqué dans les circuits de la récompense, de la motivation et de la régulation de certains comportements. De nombreuses pathologies psychiatriques et neurologiques sont étudiées à travers le prisme de la dopamine et de ses récepteurs. Dans ce contexte, la communauté scientifique s’intéresse de près à l’interaction entre CBD et système dopaminergique (7).

Des études précliniques, publiées notamment dans des journaux comme Molecular Psychiatry et Neuropharmacology, suggèrent que le CBD pourrait moduler l’activité de la dopamine au sein de circuits clés comme le système mésolimbique, en interagissant avec les récepteurs D2-like et d’autres cibles (3,7,27). Par exemple, certains travaux chez le rat se sont penchés sur la façon dont le CBD influence la préférence conditionnée pour des substances comme la méthamphétamine via les récepteurs dopaminergiques, ce qui ouvre des pistes de recherche sur la motivation, la récompense et certains comportements liés à l’addiction (3,27). Ces résultats restent cependant expérimentaux et ne doivent pas être extrapolés directement à l’être humain sans prudence.

Qu'est-ce que la dopamine ?

La dopamine est un neurotransmetteur impliqué dans le plaisir, la motivation et la récompense. Elle est libérée par le cerveau lorsque nous vivons quelque chose de plaisant ou lorsque nous anticipons une récompense. La dopamine joue un rôle important dans les comportements d’exploration, de prise de décision et dans les circuits impliqués dans l’addiction et certains troubles psychiatriques.

Dans le cerveau, la dopamine agit sur différents types de récepteurs (D1, D2, etc.), présents dans plusieurs régions comme le striatum, le cortex préfrontal ou encore l’hippocampe. Les chercheurs s’intéressent à la façon dont des composés comme le CBD pourraient moduler indirectement ces voies dopaminergiques, par exemple via le système endocannabinoïde ou les récepteurs de la sérotonine (5,7). Là encore, il s’agit d’un domaine de recherche émergent.

📋 Pour résumer

La dopamine est au cœur du plaisir et de la motivation, et des études précliniques suggèrent que le CBD pourrait influencer indirectement certains circuits dopaminergiques.

Alors, le CBD peut-il être addictif ?

La question de l’addiction potentielle au CBD revient souvent. Les données disponibles à ce jour, notamment celles examinées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), indiquent qu’en l’état actuel des connaissances, le CBD pur ne semble pas présenter de potentiel d’abus ou de dépendance significatif chez l’homme (1,2,16). À ce titre, le Comité d’experts de l’OMS sur la pharmacodépendance a recommandé que les préparations considérées comme du cannabidiol pur ne soient pas placées sous contrôle international au même titre que d’autres substances psychoactives.

Cependant, comme pour de nombreux composés, les chercheurs soulignent que des études supplémentaires sont utiles pour mieux comprendre les effets du CBD à long terme, en particulier à fortes doses ou dans des populations spécifiques. Il est également important de distinguer le CBD pur des extraits de cannabis contenant du THC et d’autres cannabinoïdes, dont le profil de risque est différent (1,15,17).

📋 Pour résumer

Les données actuelles, notamment de l’OMS, ne montrent pas de potentiel significatif d’abus ou de dépendance pour le CBD pur, mais la recherche continue.

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Conclusion

La nocivité du cannabis pour le cerveau a longtemps été discutée, mais de nombreuses questions restent sans réponse. Différentes études donnent des résultats différents, en partie parce qu’elles ne portent pas toutes sur les mêmes populations ni les mêmes produits (herbe riche en THC, extraits, CBD isolé, etc.). Le principal ingrédient psychoactif du cannabis, le THC, se lie à certains récepteurs dans le cerveau et peut altérer son fonctionnement à court terme, ce qui peut entraîner divers effets tels que des sautes d'humeur, des problèmes de coordination et des difficultés de réflexion.

Le CBD, quant à lui, suscite un intérêt scientifique croissant pour sa capacité apparente à moduler certains effets du THC et à interagir avec diverses régions cérébrales. Des études suggèrent qu’il pourrait influencer le flux sanguin de l’hippocampe, la dynamique de la mémoire et certains circuits dopaminergiques, sans être associé, à ce jour, à un risque significatif d’abus ou de dépendance lorsqu’il est utilisé sous forme pure (2,3,5,16). Toutefois, il reste essentiel de rappeler que la recherche est en cours et que le CBD ne doit pas être présenté comme une solution médicale ou un traitement avéré pour des troubles de la mémoire ou d’autres pathologies.

En résumé, le CBD apparaît aujourd’hui surtout comme un sujet de recherche prometteur pour mieux comprendre le fonctionnement du cerveau, la mémoire et les systèmes de récompense. Toute utilisation de produits à base de CBD devrait s’inscrire dans une approche informée, en tenant compte de la réglementation en vigueur, de la qualité des produits et, en cas de doute, en demandant conseil à un professionnel de santé.

Références

1. National Institute on Drug Abuse – Marijuana Research Report – NIDA – https://nida.nih.gov

2. The Impact of Cannabidiol on Human Brain Function: A Systematic Review – Gunasekera et al. – Frontiers in Pharmacology / PMC – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7858248/

3. The effects of acute cannabidiol on cerebral blood flow and its relationship to memory: An arterial spin labelling magnetic resonance imaging study – Bloomfield et al. – Journal of Psychopharmacology – https://discovery.ucl.ac.uk

4. Cannabidiol and brain function: current knowledge and future perspectives – Scuderi et al. – Frontiers in Pharmacology / PMC – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10823027/

5. Neuronal and molecular effects of cannabidiol on the mesolimbic dopamine system: implications for novel schizophrenia treatments – Renard et al. – Neuropharmacology / PubMed – https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28185872/

6. Cannabidiol modulates the METH-induced conditioned place preference through D2-like dopamine receptors in the hippocampal CA1 region – Haghighi et al. – Neuropharmacology / PubMed – https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33862125/

7. Cannabidiol (CBD) – Critical Review Report – WHO Expert Committee on Drug Dependence – OMS – https://www.who.int/publications/m/item/cannabidiol

8. Questions and answers relating to WHO’s recommendations on cannabis and related substances – WHO / UNODC – https://www.unodc.org

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